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mercredi 21 septembre 2016

Chanson Douce

Chanson douce


Auteur : Leïla SLIMANI
Editeur : GALLIMARD
Collection : -
Pages :  227 pages
Prix : 18€
Date de Publication : 18/08/2016


 
 

 
 
 
 
 
 
Synopsis :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.
 
 
 
 
Mon Avis :
 
"Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes." 
 
Les deux premières phrases de ce roman donnent le ton. Grâce a une écriture sèche, tranchante, des phrases courtes et une économie de mots, Leïla SLIMANI dresse un portrait d'une vie domestique qui fait froid dans le dos.
 
Nous suivons un jeune couple parisien, parent de deux enfants, Mila et Adam, qui se retrouvent devant le choix si important pour chaque parent qui travaille du mode de garde des enfants. Ils décident d'engager une nounou et ce sera Louise, une femme qui à force de travail et de bienveillance envers leurs enfants va s'immiscer chaque jour un peu plus dans leur vie de famille. Mais, comme le montrent encore une fois ces premières phrases, il y a une faille, une fêlure quelque part qui va faire tourner les choses au drame.
 
"Une haine monte en elle. Une haine qui vient contrarier ses élans serviles et son optimisme enfantin. Une haine qui brouille tout. Elle est absorbée dans un rêve triste et confus. Hantée par l'impression d'avoir trop vu, trop entendu de l'intimité des autres, intimité à laquelle elle n'a jamais droit." 
 
L'intelligence de l'auteure a été de faire de nous lecteurs des acteurs dans cette histoire en nous dévoilant la fin dès les premières phrases. Grâce à ce procédé nous apportons une attention énorme aux moindres faits et gestes de Louise, nous analysons ses réactions au vu du dénouement que l'on sait. Du coup, il peut arriver que nous trouvions les parents bien naïfs, ou même peu impliqués ou regardants sur la personne qui s'occupe de leurs enfants toute la journée.
 
Mais connaissons-nous, ou voulons-nous vraiment connaître, les personnes à qui l'on confie nos enfants?
En tant que maman, toutes mes peurs, mes pires angoisses ont été exacerbées à la lecture de ce texte. J'ai ressenti un réel inconfort.
Ceci dit, heureusement pour moi, ma fille et moi on adore notre nounou <3
 
A la fin du livre, j'ai relu le premier chapitre qui nous dévoile l'issue de l'histoire pour essayer de comprendre d'où est venue une telle violence. Là où c'est dérangeant c'est qu'on ne sait toujours pas l'expliquer après le point final. Nous sommes juste atterrés devant l'horreur dépeinte par l'auteure.
 
Le premier roman de Leïla SLIMANI, "Dans le Jardin de l'Ogre", m'avait semblé très prometteur quand je l'avais lu à sa sortie il y a deux ans, celui-ci ne fait que confirmer le talent de cette auteure que je suivrai assidûment.
 
 
16/20 
 

samedi 17 septembre 2016

Ecoutez Nos Défaites

Écoutez nos défaites


Auteur : Laurent GAUDE
Editeur : ACTES SUD
Collection : -
Pages :  288 pages
Prix : 20€
Date de Publication : 17/08/2016




Pour vous le procurer






Synopsis :
Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d'élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d'une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste... Un roman inquiet et mélancolique qui constate l'inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu'on meure pour elles.

“Écoutez nos défaites est un livre sur le temps. Celui des quatre époques qui s’entremêlent et construisent le récit : la guerre entre Hannibal et Rome, la guerre de Sécession, la deuxième guerre italo-éthiopienne et enfin l’époque contemporaine. Mais c’est aussi un livre qui essaie de saisir ce continuum qui nous traverse, nous lie aux époques précédentes, dans une sorte de mystérieuse verticalité. Un peu comme le font ces objets archéologiques qui traversent les siècles, surgissent parfois à nos yeux, au gré d’une fouille, nous regardent avec le silence profond des âges et disparaissent à nouveau, vendus, détruits ou engloutis pour quelques siècles encore.



Mon Avis :
Je sais d'ores et déjà que ce billet sera loin d'être à la hauteur de ce roman, loin d'être à la hauteur de l'impact qu'il a eu sur moi, loin d'être à la hauteur de l'amour que je porte maintenant à ce texte qui m'a profondément touchée, qui m'a émue aux larmes, qui est ma meilleure lecture de l'année et même depuis bien longtemps, et qui est à mon humble avis un chef-d'œuvre.

Assem et Mariam se rencontrent par hasard et passent une nuit ensemble où ils vont partager bien pus qu'une nuit d'amour, cette rencontre va les bouleverser et les faire remettre en question bien des choses.
Ils vont chacun de leurs côtés remettre en question leurs vies et l'utilité de leurs travails (il est agent des services de renseignements français chargé de "supprimer" les personnes gênantes, elle est une archéologue irakienne qui tente de protéger le patrimoine historique mondial). 

"Juste, au moment de se quitter, lorsqu’ils se serraient la main, cette phrase que le poète palestinien lui avait dite, les yeux plantés dans les siens : “Ne laissez pas le monde vous voler les mots.” Il le revoit là, avec ce visage de pierre, et c’est la première fois qu’il y repense. C’était des années plus tôt. Et il doit bien avouer qu’il a laissé le monde lui voler les mots. Il n’a été question que de gestes. L’action, qui s’empare de tout, ne laisse plus de place à rien. L’action avec son ivresse et son intensité qui rend tout si fade en comparaison."

En parallèle Laurent Gaudé nous raconte des évènements militaires historiques : Hannibal et la conquête de Rome, le Général Grant et la guerre de sécession, Hailé-Sélassié et sa guerre contre l'Italie.


A travers ces différents récits, l'auteur se demande qu'est-ce que la victoire ou la défaite à l'instant T, et ensuite avec le temps. Quelle notion avons-nous de celles-ci? Nous avons tous entendu parler d'Hannibal et ses fameux éléphants pourtant techniquement il est celui qui a perdu sa guerre contre Rome. Mais qui se souvient qu'il se battait contre Scipion? L'échec n'est pas la défaite. Hannibal a été défait par Scipion mais il est dans la légende et à ce titre il est victorieux.
Cependant, et c'est ce dont nos deux protagonistes Assem et Mariam se rendent compte, l'échec est inhérent à la vie, il est inévitable mais la vie pour autant vaut la peine de se battre pour elle. C'est pourquoi Mariam sauve nos trésors archéologiques que les "terroristes" d'aujourd'hui cherchent à détruire pour nous faire perdre notre identité, nos identités, pour nous soumettre à leur vision du monde, pour nous faire oublier le passé sans lequel nous ne pouvons réellement exister.
Cependant à chaque bataille (militaire ou non), nous perdons toujours un peu de nous. Car les batailles nous les menons aussi contre nous-mêmes, et il arrive que malgré tout nos efforts nous soyons défaits.


"Es-tu prêt à partir ?" C'est cela que lui demande son oncle. Et il comprend mieux maintenant . On ne peut partir au combat avec l'espoir de revenir intact. "Souviens-toi de Mycènes ..." Au départ, déjà , il y a le sang et le deuil. Au départ déjà , il faut accepter l'idée d'être amputé de ce qui vous est le plus cher. Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse"

Mais, et c'est là aussi un des points essentiels de ce merveilleux texte, Laurent Gaudé fait l'apologie de l'amour, quel qu'il soit, et de la l'art.

"Constituer un "acquis pour toujours". En décrivant les guerres du Péloponnèse, Thucydide espérait offrir cela à l'humanité : un savoir définitif. Les siècles ont passé. Les historiens ont écrit, encore et encore, sur chaque massacre, chaque génocide, chaque convulsion de l'Histoire. "Plus jamais cela." Chaque génération a prononcé cette phrase. Est-ce que l'Histoire ne sert à rien ? Ils lui avaient posé la question, elle s'en souvient très bien, et le vieux professeur Al-Khoury avait plissé les yeux avec malice au-dessus de ses lunettes, retrouvant pour un temps sa gourmandise libanaise. "Je comprends votre déception..." avait-il dit aux jeunes étudiants dont elle était. "Mais ne balayez pas trop vite Thucydide. Pensez à l'amour...", et dans les gradins de l'amphithéâtre, les jeunes gens, surpris, s'étaient faits plus attentifs. "À l'instant où vous proclamez votre amour, c'est pour toujours, n'est-ce pas ? Peu importent les risques que vous ne vous aimiez plus, peu importent les mères, les tantes, les grands-mères qui vous parlent de l'infidélité des hommes et de l'usure du temps, à l'instant où vous aimez, c'est pour toujours et cela est vrai. Disons alors simplement que les historiens sont des amoureux..."

 
Pour nous offrir ce magnifique récit, Laurent Gaudé a réalisé un enchâssement de récits, une construction narrative complexe. Le travail de recherche et le recoupement final est absolument magnifique.
Grâce à une écriture toujours aussi belle, ce texte a une densité et une portée incroyable.

Bref, il faut absolument lire ce livre qui est encore bien plus que ce que j'ai pu en dire ici.


20/20





mercredi 7 septembre 2016

Cet Eté-Là

Cet été-là


Auteur : Sarah OCKLER
Editeur : NATHAN
Collection : -
Pages :  330 pages
Prix : 16,95€
Date de Publication : 19/05/2016




Pour vous le procurer






Synopsis :
 D'après Frankie, la meilleure amie d'Anna, rien ne vaut les plages de Californie pour tomber amoureuse. Et si elles rencontrent au moins un garçon par jour, Anna a toutes les chances d'en trouver un qui lui plaise. En théorie ... Dans la réalité, Anna n'a aucune envie de passer l'été à flirter en bikini. Parce qu'elle a déjà vécu une première, et secrète, histoire d'amour : avec le grand frère de Frankie, un an plus tôt, juste avant qu'il ne meure brutalement, laissant Frankie et Anna Anéanties derrière lui...
 
 


Mon Avis :
Comme le suggère la couverture et le synopsis, ce roman semble une bonne lecture à faire en été : deux ados découvrent les joies des vacances estivales avec leurs amitiés et leurs flirts éphémères. De plus, étant un livre jeunesse, la plume est très simple, sans fioritures, et donc c'est une lecture rapide.
 
Cependant, sous ces faux-airs de légèreté, l'auteure aborde également le sujet du deuil et des difficultés à se reconstruire après la perte d'un être cher
Anna et Frankie ne sont plus aussi liées depuis la mort de Matt, grand frère de Frankie et petit ami secret d'Anna. En effet, la dynamique de ce groupe est cassée et les deux jeunes filles semblent ne plus se reconnaître mutuellement. Un an plus tard, lorsque les parents de Frankie invitent Anna à passer les vacances d'été avec eux, les deux ados décident de tout mettre en œuvre pour se retrouver et passer un été à collectionner les mecs. En effet, depuis la mort de son frère, Frankie se perd en collectionnant les petits amis et en jouant la pin-up. Evidemment, Anna n'a aucune envie de trouver quelqu'un puisque Matt occupe encore toutes ses pensées.
 
Que dire de cette lecture ? J'ai passé un bon moment. Cependant j'ai trouvé que les thèmes traités (intéressants au demeurant) n'étaient pas assez approfondis. Même si, j'ai relevé certaines citations qui m'ont semblé pertinentes.
 
"Lorsqu'on perd un être cher, les gens s'inquiètent toujours de savoir si on tient le coup. En réalité, ça ne les intéresse pas vraiment. Ils attendent qu'on les rassure, qu'on les remercie pour leur soutien, qu'on leur dise que la vie continue et qu'ils peuvent retourner à la leur. Au fond d'eux, ils se demandent pendant combien de temps ils sont censés prendre de vos nouvelles."
 
Ce genre de phrases étaient par exemple intéressantes mais on ne va pas plus loin que cette constatation, on n'approfondit pas, on reste en surface. Et c'est dommage.
 
Malgré tout, il ne faut pas oublier qu'avec mes 30 ans passés, je ne suis pas la cible de ce roman. Et nul doute, que les ados trouveront ce livre beau et se retrouveront dans les réactions et émotions des personnages.
 
Un grand merci aux éditons NATHAN pour cet envoi.
 
 
 
14/20

dimanche 4 septembre 2016

La Mémoire des Embruns

La Mémoire des embruns


Auteur : Karen VIGGERS
Editeur : Le Livre de Poche
Collection : -
Pages :  576 pages
Prix : 8,30€
Date de Publication : 30/03/2016












Synopsis :
Mary est âgée, sa santé se dégrade. Elle décide de passer ses derniers jours à Bruny, île de Tasmanie balayée par les vents où elle a vécu ses plus belles années auprès de son mari, le gardien du phare. Les retrouvailles avec la terre aimée prennent des allures de pèlerinage. Entre souvenirs et regrets, Mary retourne sur les lieux de son ancienne vie pour tenter de réparer ses erreurs. Entourée de Tom, le seul de ses enfants à comprendre sa démarche, un homme solitaire depuis son retour d'Antarctique et le divorce qui l'a détruit, elle veut trouver la paix avant de mourir. Mais le secret qui l'a hantée durant des décennies menace d'être révélé et de mettre en péril son fragile équilibre.
Une femme au crépuscule de sa vie, un homme incapable de savourer pleinement la sienne, une émouvante histoire d'amour, de perte et de non-dits sur fond de nature sauvage et mystérieuse.




Mon Avis :
Dernier livre de la sélection 2016 du Prix des Lecteurs du Livre de Poche.  Le lauréat sera annoncé à la fin du mois.

Concernant cette lecture, malgré les éloges dont elle a fait l'objet, j'en ressors plutôt mitigée. Si j'ai beaucoup aimé les personnages et l'ambiance de ce livre, j'ai aussi trouvé qu'il y avait des longueurs qui ont rendu ma lecture poussive.

Comme je l'ai dit sur mon compte Instagram, j'ai adoré le prologue de ce texte qui promettait des choses tout à fait intéressantes car il était des plus intrigant. Mais mon engouement est vite retombé car au bout de quelques pages j'avais deviné les tenants et les aboutissants de cette histoire. Aucune surprise pour ce roman donc.
Ceci dit, la plume de l'auteure était très belle et collait parfaitement avec cette atmosphère froide, maritime, et mélancolique que l'on ressent dès le début de ce texte.

"Mary se retint de lui dire qu'il était important de ne pas oublier de vivre. Jeune, on pense que l'existence n'a pas de fin. Et, quand la vie nous rattrape au tournant, on regrette de ne pas avoir mieux utilisé son temps. Pourtant, à ne jamais perdre la perception du temps qui passe - en quête d'intensité existentielle -, on risque de passer à côté du sens de la vie."

Pour conclure, c'est effectivement un beau roman que cette "Mémoire des Embruns" qui m'a beaucoup fait penser par ses personnages un peu cassés et son ambiance de bord de mer par temps gris aux "Déferlantes" de Claudie GALLAY que j'avais vraiment adoré.


15/20

samedi 3 septembre 2016

Riquet à la Houppe

Riquet à la houppe


Auteur : Amélie NOTHOMB
Editeur : ALBIN MICHEL
Collection : -
Pages :  198 pages
Prix : 16,90€
Date de Publication : 17/08/2016












Synopsis :
"L'art a une tendance naturelle à privilégier l'extraordinaire."


Mon Avis :
A l'instar de son "Barbe Bleue" en 2012, le Nothomb 2016 revisite un conte de Charles PERRAULT. Ici "Riquet à la Houppe" donc mais sans vraiment de réussite selon moi.
J'ai en effet été déçue par ce texte qui malgré ses 180 pages m'a quelques fois  paru long et avec des passages sans réel intérêt.

Ceci dit, voilà bien un récit où l'on sait dès la première ligne qu'il s'agit de notre Amélie. Grâce aux prénoms de nos héros tout d'abord : Déodat et Trémière. Classique chez Amélie. Aussi, et surtout, grâce à sa plume reconnaissable entre toutes. Amélie comme toujours nous fait grâce de quelques pépites dont elle a le secret. Ma préférée :

"Rien de tel que la médiocrité pour penser du bien de soi."

L'histoire quant à elle est d'un côté celle de Déodat, enfant laid mais particulièrement intelligent, et de l'autre celle de Trémière incroyablement belle et par conséquent vue comme parfaitement idiote. Evidemment, comme dans le conte, ces deux-là finiront par se rencontrer et s'aimer.
J'ai adoré le premier chapitre consacré à Déodat qui m'a fait penser à Junior dans la saga "Les Yeux Jaunes des Crocodiles" de Katherine PANCOL. Ce dernier est lui aussi un enfant né d'une femme de plus de quarante ans, qui n'est pas beau mais est particulièrement précoce (seul différence aucune trace de réalisme magique chez Amélie).
La morale de cette histoire est celle du conte original : on s'en sort toujours malgré les injustices de la vie tant qu'on a de l'esprit.

Intéressant donc mais beaucoup trop de passages répétitifs ou sans grand intérêt à mon goût pour que la plume savoureuse sauve tout à fait ce texte.


14/20